Attention travaux (Gian-Stefano Burattoni), 1976

Ceci n’est pas de la peinture et le bâtiment n’est pas loin. Cela sent le ciment, la nuit encore et le carton. Les poutres, la poussière. Et cela sent le corps humain, en état de composition avancée. Non pas le drap et la sueur, et le pain quotidien, mais ce qu’il s’agit d’en faire. Gian-Stefano BURATTONI, Gianni, vient toujours après quelque chose. C’est normal. Le ciel se délivre. Quelqu’un se relève. Le destin, on connaît.

Ce n’est pas de la peinture. lci pas besoin de signer, mais des surfaces claires et l’immense carte du plâtre et le crayonnage parfois de l`herbe. Une mise à jour, comme sur un même plan, de tout ce qui est fait mais qui reste à faire, de tout ce qui empêche et de ce qui libère. Après la force, après l’effort.

Ce n’est pas de la peinture, mais la suite de la peinture. Avec des rappels sur écran, tous les détails du fait divers, les pas de côté du brouillon mis au propre, L’espacement du temps et de la lumière. Ensevelis dans le tableau avec leurs objets familiers, les hommes d’aujourd’hui s’en vont tout simplement par la petite porte, celle de la naissance. Celle de devant. L’escalier de service est un escalier historique.

Ce n’est pas de la peinture, mais ce que serait la peinture si I’on pouvait mettre ensemble ce qui manque à la parole et ce qui manque au geste – celui de marcher comme celui de  peindre. lci le vent s’apprête à relever les temples, mais il n’y a pas besoin de toit. Les colonnes suffisent. Le ciel ne tombe plus sur la tête de personne. Des équerres, des planches.

Gagner la mer n’est plus un rêve, et c’est peut-être elle qui parle dans le désert rouge de la nuit du côté de Travcrsara, sous Ravenne,  – quand une ligne trace l’aube sur le panneau tombe des portes. Non, ce n’est pas de la peinture, seulement l’envers de la couleur et son désordre au millimètre.

La terre est cette estrade d’où l’on peut voir le monde, les murs ouverts, l’eau verticale, le tableau déplié et  l’obscurité blanche. Peut-être suffit-il de se hausser sur la pointe des pieds pour apercevoir la tête de cette manifestation du réel, tant l’art paraît ici une chose naturelle.

Car ce n’est pas de la peinture. Cette succession de traits de poils et de racines, le morcellement des troncs, des membres et des palmes, tout ce livre d’illustrations n’entend pas démontrer que le réel existe, mais en tenir un compte exact. Une architecture. En relief. lci le quatrième volet d’un regard  à trois dimensions.

C’est d`ailleurs cela la peinture.

in Progetto per un catalago (avec Danièle Sallenave et Jean Ristat). Paris, novembre 1976

Tsarouchis