Genèse, 51(Alain Ghertman), 1979

L’auteur donne l’impression d’accumuler les signes. On pourrait dire de lui, dessinateur ou peintre, qu’il écrit toujours sur quelque chose qu’il rature à la verticale, ou bien qu’il efface ou gomme, qu’il écrit en dessous. Œil pour œil, trait pour trait – jusqu’à la ressemblance, jusqu’au portrait qui précise la différence, jusqu’à l’apparition obscurément cherchée de l’Autre que nous sommes.

De sujet, il n`y en a pas, ceci jusqu’au désespoir, sinon justement cette absence du modèle, sinon cette appréhension contenue, avouée, devant la couleur ou le pinceau. devant le cadre, mur ou tableau. Les œuvres, elles, sont provisoires. lci même la plume, utilisée pour le détour, n’est que l’extrémité aiguë de notre ombre humaine promenée sur le papier blanc, dit Claudel.

Mais le noir-et-blanc, c’est un redoublement insensible de la couleur – comme aussi bien les gris, les bruns et les ivoire. Le papier comme la toile est cette résistance nécessaire, il impose sa lenteur aveugle, fait lui aussi partie du peintre. En l’estompant, la gomme «peint» sur le fusain. Ce qui nous reste, à nous qui sommes devant, comme au sortir d’un long sommeil, nous prend à partie pour nous prendre a témoin.

De cette indistinction pour commencer voulue des masses et des ombres affleure une sorte de «portrait-robot» de nous-même, et voici se croiser des horizons calcinés de plaine où chaque forme est un obstacle. Voici que se profile, en lettres de silence, sur et sous-imprimée, une réalité humaine quasi géologique où l’histoire est le nom véritable du temps, où l’os est l’égal de la pierre, l’un et l`autre arrachés à la dureté de la matière pour accéder à leur présence lisible, s’ouvrir à nous sans effusion, sans barbelés. Sans faire éclat.

Langage du corps sans paysage, car il est lui-même paysage. nature morte désormais exposée, structurée, allongée dans la liberté d’une herbe restée graphique. Homme au profil ou de trois-quart entrevu sur les chemins de l’après-cubisme, ou académies modernes déchiffrées sans explication, sans murmure, mais comme nées de leur propre mouvement, déconstruites dans leur hâte à s’échapper de leur propre code.

Et c’est nous pour finir qui nous découvrons lointains, parce que fermés, tout habillés, interrogés sur notre propre symbolique, alphabet que nous sommes nous-mêmes d’une Genèse ouverte par Alain GHERTMAN au chapitre 51, comme s’il s’agissait d’emblée d’assumer sans subir ou de pouvoir mourir vivants, d’accepter sans se soumettre.

in Catalogue de l’exposition Alain Ghertman. printemps l979.

←Tsarouchis

Fassianos

Publicités