Des instantanés de lenteur (Colette Deblée), 1989

lci les couleurs continuent de couler sur la vitre des regards qui arrivent trop tard. Cela jaillit de la pénombre originelle. ll y a un tableau dans le tableau, comme on est sûr, dans ces visages qui nous observent à contre-jour, qu’il y a quelqu’un dans quelqu’un, et qu’il se trouve à notre place.

Le premier coup d’œil est donc celui-là, qui n’en finit pas de se dédoubler pour mieux voir, dans un « dérèglement raisonné » de cette vision qu’on croyait la première, ce que c’est que le temps de vivre, et toute la violence du réel.

Le réel serait cette force qui retient les objets au bord d’eux-mêmes. Par ces fenêtres de la peinture, que l’on sait découpées dans notre imaginaire, ce qui saute aux yeux, ce sont des instantanés de lenteur qui prennent l’interprétation de court comme le fait l’appareil photographique.

Cet éblouissement nous fait découvrir, sous le calme de la surface, au fond même de la lumière, ce qui survit toujours à ses images déconstruites, mais que Colette DEBLÉ n’éprouve pas le besoin de signer tant son geste s’identifie à un acte, tant son anonymat se fait présence.

Ici les couleurs nous regardent. C’est comme si nous- mêmes n’étions pas là, ou que cette sorte d’écran qui s’offre à notre interrogation, d’abord obscurci par le flash de nos habitudes, si lourd d’évidences et de préjugés, s’effaçait en nous pour nous rendre la mémoire.

in Catalogue de l’exposition Peinture / buvards de Colette Deblé. au théâtre Romain-Rolland de Villejuif janvier l989.

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